Martin Guerpin

Retrouvez l'entretien de Martin Guerpin, qui se présente en répondant à une série de questions consacrées à son parcours, à ses fonctions et à son expérience. Cet échange vise à offrir un aperçu de son activité et de ses liens avec le Collegium Musicæ.

 

Professeur de musicologie à Sorbonne Université depuis septembre 2025, j’ai été formé à l’École Normale Supérieure de la rue d’Ulm, à Columbia University (NYC) puis, pour ma thèse, à l’Université Paris-Sorbonne et à l’Université de Montréal. Je suis notamment l’auteur de plusieurs ouvrages, parmi lesquels Faites vos jeux ! La vie musicale dans les casinos français (Actes Sud, 2024), Music and Postwar Transitions in the 19th and 20th Centuries (New York, Berghahn Books, 2023), ainsi qu’une édition critique de textes francophones sur le jazz parus dans les années 1920.

Je coordonne le projet de recherche international « Musique et nation » (Princeton University, Université Paris-Saclay, Leeds University, Université de Montréal) et je m’intéresse désormais à l’histoire des musiques d’Afrique du Nord et à leur diffusion en Europe. C’est à ce titre que je collabore depuis 2022 avec le Festival International d’Art Lyrique d’Aix-en-Provence, où j’ai notamment coordonné le programme de formation en ligne « Medinea on Air », destiné à de jeunes musiciennes et musiciens talentueux du bassin méditerranéen.

Je suis également saxophoniste. Formé au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris et à Columbia University, je me suis produit avec des formations telles que le Gil Evans Paris Workshop ou encore le Tentet de Laurent Cugny. J’ai enregistré avec ces formations les albums Spoonful (2017, « Choc » Jazz Magazine/Jazzman) et Zeitgeist (2023, Prix de l’Académie du Jazz).

Avec mon ami Didine Kati, virtuose du mandole et du chaâbi algérien, j’ai également fondé le quintette AZAWAN, avec lequel nous avons enregistré un premier disque en 2022 (Azawan). Un second disque est actuellement en cours de production, grâce à une résidence au Centre National de la Musique. En 2025, j’ai été invité par le Festival Gnawa d’Essaouira (Maroc), en tant que saxophoniste et arrangeur dans le cadre des « Résidences fusion ».

Je recherche l'interdisciplinarité pour l'interdisciplinarité, ou pour sacrifier à une mode plus ou moins imposée par les dossiers de financement de la recherche. Et je trouve qu'il existe encore aujourd'hui des travaux passionnants, "bien que" non-interdisciplinaires.

L'interdisciplinarité s'impose à moi en fonction des questions que je me pose, ou que je trouve intéressantes de poser à mes objets d'études.

En l'occurrence, une grande partie de ces questions m'amène à m'intéresser de près à l'histoire (c'est dans ce domaine que j'ai passé ma Licence), et en particulier à l'histoire culturelle (pour tout ce qui concerne les transferts culturels, les circulations de répertoire, notamment). D'où mes collaborations permanentes, depuis 2015, avec des collègues issus de ces disciplines, collaborations d'autant plus nécessaires que l'interdisciplinarité nécessite... un peu de discipline ! Emprunter à un autre domaine nécessite de s'y former : par la lecture, mais aussi par la fréquentation de séminaires et de spécialistes.

Plus récemment, ma délégation CNRS à l'IRCAM m'a permis de me familiariser avec des méthodes issues des sciences expérimentales. Ces méthodes m'ont amené à engager des travaux relevant de la musicologie empirique afin de poser des questions semblables (celle de l'utilisation de la mémoire musicale et gestuelle dans l'improvisation, par exemple) à des sources historiques (muettes par définition, mais qu'il s'agit de faire parler) et à des musiciens vivants (qui parlent et peuvent commenter les hypothèses que l'on peut tirer des mises en situations auxquelles ils ont participé).

Le Collegium Musicæ représente pour moi une belle occasion d’aborder des sujets situés à l’intersection de mon parcours de musicien et de musicologue, notamment autour des études liées à la performance et à l’ergonomie. Le premier d’entre eux, engagé avec Clément Canonne (IRCAM), interroge la notion de caricature en musique, et plus précisément dans le domaine de la performance ( MUsical Caricature Under Scrutiny : MUCUS).