Marc Papillon

Dystonie de fonction du musicien et apprentissage moteur : perception, contrôle du geste et intéroception en lien à la performance musicale.

Marc Papillon

Parcours et questions de recherche

Diplômé d'un Master en kinésithérapie (Haute École Libre de Bruxelles), d'un Master en design et conception de produit (Université Technologique de Compiègne) et d'un master en recherche en réadaptation (Sorbonne Université), Marc Papillon construit depuis près de trente ans un parcours à la frontière de la clinique, de l’ergonomie du geste, de la pédagogie artistique et des neurosciences. Spécialisé auprès des musiciens professionnels, il a développé une expertise clinique sur la dystonie de fonction de la main et de la région oro-faciale, tout en accompagnant les artistes musiciens, dans leur rapport au corps, au rythme, à la scène et à la robustesse.

Sa question centrale naît de ce croisement : comment un geste artistique très appris, répété pendant des années, peut-il perdre sa précision, sa fluidité et sa capacité d’adaptation ? Cette question l’amène à explorer la dystonie de fonction non seulement comme un trouble moteur, mais comme une perturbation du rapport entre perception, action, émotion, rythme, musique et temps vécu.

Contexte

La dystonie de fonction du musicien constitue un enjeu majeur de santé pour les musiciens professionnels. Elle touche des gestes hautement spécialisés, souvent dans des passages instrumentaux précis, et peut entraîner une perte de sélectivité digitale, des co-contractions musculaires et une désorganisation du contrôle moteur. Le trouble est encore souvent diagnostiqué tardivement, avec des conséquences fonctionnelles, psychologiques et professionnelles importantes.
Les données actuelles suggèrent que la dystonie ne peut pas être réduite à un problème physique ou psychologique. Elle est un trouble neurologique et implique des réseaux cérébraux associant cortex sensorimoteur, ganglions de la base, cervelet et régions pariétales, avec des anomalies d’intégration somatosensorielle, d’inhibition et de plasticité. Dans le cas du musicien, ces mécanismes doivent être compris dans un contexte spécifique : apprentissage intensif, exigence de précision extrême, anxiété de performance, rapport au son et automatisation du geste.

Projet de thèse

Ce projet de recherche pluridisciplinaire vise à étudier les liens entre perception du corps, contrôle du geste, apprentissage moteur, émotion et intéroception dans la dystonie de fonction du musicien. Il compare des musiciens experts atteints de dystonie à des musiciens experts sans dystonie, en s’appuyant sur des mesures cérébrales, comportementales et psychologiques.


Le projet s’organise autour de trois axes : la sélectivité sensorimotrice digitale, pour mieux comprendre le chevauchement des représentations des doigts ; la réorganisation des réseaux pendant l’apprentissage, en comparant l’adaptation à l’erreur et l’apprentissage séquentiel ; enfin, l’intéroception et la modulation affective, afin d’étudier comment les états corporels internes, les émotions et le sentiment de contrôle influencent le geste musical en situation de performance.


L’objectif est de mieux caractériser les profils neurofonctionnels de la dystonie de fonction du musicien et d’ouvrir la voie à des stratégies de prévention et de rééducation plus personnalisées, en lien avec la réalité artistique et corporelle des musiciens.

Encadrement et laboratoires d’accueil

Ce projet est encadré par Cécile Galléa à l’Institut du Cerveau, Sorbonne Université, par Frédéric Bevilacqua au laboratoire STMS IRCAM-CNRS-Sorbonne Université, et par Maya Gratier à l’Université Paris Nanterre, actuellement en détachement à l’IRCAM. Il réunit des expertises complémentaires en neurosciences, neurologie, interaction geste-son, informatique musicale, cognition musicale et psychologie du développement.
 
Cette articulation entre l’Institut du Cerveau et l’Ircam permet de situer la dystonie du musicien dans un cadre réellement interdisciplinaire : comprendre le cerveau, mesurer le geste, interroger le son, et replacer la musique dans son environnement humain, sensoriel et émotionnel.