Hugo Pauget

Préférence des violonistes pour les Stradivarius : quelles incidences sur la perception, le ressenti et le jeu ?

Crédit photo : Jean-Charles Léon.

Soutenance de thèse le mercredi 7 octobre 2026 à 14h dans la Bibliothèque Paul Germain de l’Institut Jean Le Rond ∂’Alembert (salle 401, 4e étage, tours 55-65, 4 place Jussieu, Paris). 

Hugo Pauget

Parcours et questions de recherche

Diplômé en 2022 de l'ENSEEIHT de Toulouse, Hugo PAUGET BALESTEROS est également violoniste, pratique qu'il débute enfant à Montauban puis qu'il affine au Conservatoire de Toulouse.
Ce doctorat au sein du Collegium Musicæ concrétise son envie d'allier ses études scientifiques et musicales au service d'un sujet de recherche autour du violon. Hugo a débuté sa thèse financée par le Collegium Musicæ à l'automne 2025.

Les violons confectionnés par Antonio Stradivari au tournant du XVIIIe siècle comptent parmi les intruments les plus prestigieux du monde, en témoigne le prix de vente de certains d'entre eux lors de récentes enchères. Véritables objets de légende, ils passent régulièrement entre les mains des meilleurs solistes du monde et sont entourés de nombreux mythes concernant leur sonorité. Cependant, de récents travaux de recherche semblent montrer que la prétendue singularité et supériorité des ces instruments n'est pas aussi évident que ce que l'on pourrait penser.
**Préférence des violonistes pour les Stradivarius : quelles incidences sur la perception, le ressenti et le jeu ?**

Contexte

Les travaux de Claudia Fritz [Fritz & al., PNAS, 2012, 2014, 2017] ont permis de montrer qu'en double aveugle, il n'y a pas de supériorité des Stradivarius par rapport à des violons modernes de bonne facture pour les violonistes ; en réalité, il semble même compliqué de les distinguer dans ces conditions. Dès lors, nous pouvons nous demander pourquoi nombre de violonistes préfèrent ces violons en condition de concert (en non aveugle) : s'agit-il d'un effet placebo auditif pour les violonistes ? C'est-à-dire, est-ce que l'interprète va prendre plus de plaisir en ayant connaissance du pedigree de l'instrument ? De plus, est-ce que cette connaissance va influencer sa manière de jouer, et si oui, de quelle manière ?
Le but de cette thèse est donc de déterminer si des changements d'interprétation sont perceptibles par un public quand les violonistes ont connaissance du pedigree de l'instrument joué. Si oui, il s'agira alors de déterminer si ces changements sont d'ordre technique (pour s'adapter à l'instrument) ou de l'ordre de l'interprétation musicale.

Encadrants et laboratoires d'accueil

La recherche doctorale interdisciplinaire est encadrée à la fois par Claudia Fritz, au sein de l’équipe Lutherie-Acoustique-Musique (LAM) de l’Institut Jean Le Rond ∂’Alembert (Faculté des Sciences et Ingénierie de Sorbonne Université) ainsi que par Philippe Lalitte, pour toutes les contributions impliquant la perspective musicale et musicologique, au sein de l’Institut de Recherche en Musicologie (IReMus).

Soutenance

Soutenance de thèse le mercredi 7 octobre 2026 à 14h dans la Bibliothèque Paul Germain de l’Institut Jean Le Rond ∂’Alembert (salle 401, 4e étage, tours 55-65, 4 place Jussieu, Paris). Vous pouvez importer l'évènement en copie dans vos calendriers.

Thèse intitulée "Identité sonore des violons : influences respectives de l'instrument et de l'instrumentiste". 

Composition du jury :

M. Jean-François Petiot, Rapporteur, Centrales Nantes
M. Étienne Thoret, Rapporteur, Aix Marseille Université
M. Geoffrey Peeters, Examinateur, Télécom Paris
Mme. Caroline Traube, Examinatrice, Université de Montréal
Mme. Théodora Psychoyou, Examinatrice, Sorbonne Université
Mme. Claudia Fritz, Directrice de thèse, Sorbonne Université
M. Philippe Lalitte, Directeur de thèse, Sorbonne Université
M. Vincent Lostanlen, Co-encadrant de thèse, Centrales Nantes
M. Julien Dubois, Invité, CNSMDP

Une diffusion en direct est prévue au lien suivant : https://paugesteros.com/live/.

Résumé :

Il existe différentes façons de caractériser le son d'un violon : certaines études ont essayé de le décrire à partir des paramètres de construction de l'instrument (géométrie, caractéristiques des matériaux...), d'autres à partir de mesures acoustiques (admittance au chevalet, mesures de rayonnement). Ces mesures ont l'avantage de pouvoir se faire en laboratoire, dans des environnements contrôlés. Cela les rend cependant difficilement interprétables tant le contexte de leur acquisition diffère du contexte de jeu habituel d'un violon. Par exemple, ces mesures ne prennent pas en compte l'influence de l'interprète, pourtant à l'origine du son produit par l'instrument.
 

Une autre approche consiste à demander leur avis à des violonistes via des questionnaires ou des tests d'écoute. Cependant, analyser ces mesures perceptives requiert des protocoles stricts afin de limiter les biais, ainsi qu'un nombre de participants élevé tant la variabilité entre les sujets peut être forte.
 

Enfin, on peut analyser des enregistrements audio. Ces mesures sont les plus représentatives du son produit dans un contexte réel de jeu. S'entremêlent alors plusieurs facteurs --- l'instrument, l'interprète, le répertoire joué, la salle, la technique d'enregistrement --- et se posent plusieurs questions.
 Un violon a-t-il une identité sonore propre ? Quelle est l'influence des violonistes sur le son produit ? Est-il possible de dissocier le son "propre" d'un violon (sa "signature") de l'empreinte que laisse sur lui l'interprète ? Comment prendre en compte le facteur humain dans la caractérisation d'un violon ?

--------------------------------------------------

Abstract:


There are various ways to characterise the sound of a violin: some studies have attempted to describe it based on the instrument's construction parameters (geometry, material properties, etc.), while others have focused on acoustic measurements (bridge admittance, radiation measurements).
These measurements offer the advantage of being performable in laboratory settings under controlled environments. However, this makes them difficult to interpret because the conditions under which they are acquired differ significantly from the "normal" context of playing a violin. For instance, these measurements do not account for the performer, who is the source of the sound produced by the instrument.


It is also possible to characterise the sound of a violin by asking violinists for their opinion (via questionnaires or listening tests). However, analysing these perceptual measurements often requires strict protocols to limit bias, as well as a high number of participants due to the strong variability between subjects.


Finally, one can characterise the sound of a violin by analysing audio recordings. These measurements are the most representative of the sound produced in a real playing context. However, multiple factors become entangled: the instrument, the performer, the repertoire played, the room acoustics, the recording technique, and so on.


Does a violin have its own acoustic identity? What influence do violinists have on the sound produced? Is it possible to separate the intrinsic sound of a violin (its signature) from the mark left on it by a violinist? How can the human factor be taken into account when characterising a violin?