Charlotte Massemin

Retrouvez l'entretien de Charlotte Massemin, qui se présente en répondant à une série de questions consacrées à son parcours, à ses fonctions et à son expérience. Cet échange vise à offrir un aperçu de son activité et de ses liens avec le Collegium Musicæ.

Après un master de recherche en musicologie à Grenoble, j’ai passé le CAPES puis l’agrégation de musique en 2014. J’ai ensuite enseigné pendant dix ans au collège en banlieue parisienne, avant d’être recrutée comme maître de conférences en musicologie à l’INSPE de Paris (IReMus), où je participe à la formation des futurs enseignants d’éducation musicale.

Lors de ma dernière année de master, j’ai assisté, à l’université de Grenoble, à la conférence d’un neurologue sur le plaisir musical, et j’ai trouvé le sujet absolument passionnant. Je lui ai demandé (un peu honteusement) s’il était possible de devenir « accro » à la musique… Il a ri, puis nous avons échangé plus longuement à ce propos. Cette simple question a donné lieu à une thèse sur l’addiction musicale, que j’ai menée pendant plusieurs années en parallèle de mon travail à temps plein d’enseignante, et soutenue en 2022 à la Sorbonne. J’avais plus de questions à la fin de ma thèse qu’au début ! Je continue donc de chercher…

Je travaille principalement sur deux thématiques de recherche.

D’une part, l’éducation musicale et la transmission des savoirs musicaux, qu’il s’agisse de la formation des enseignants ou de la diffusion de la pratique musicale auprès de publics éloignés (handicap, orchestres à vocation sociale). Ces recherches sont directement mobilisées dans la formation des futurs enseignants d’éducation musicale.

D’autre part, une grande partie de mes travaux porte sur l’auditeur, ses pratiques d’écoute et la régulation émotionnelle. Comment, très concrètement, la musique peut-elle être utilisée comme outil de régulation émotionnelle ? Les auditeurs développent-ils des techniques ? Lesquelles ? Sont-elles efficaces, dans quelles conditions, et avec quelles limites ? Quelles sont leurs croyances concernant les effets de la musique, ses bienfaits comme ses méfaits ? Pour répondre à ces questions, je recueille de nombreux témoignages d’auditeurs, à travers des entretiens ou via un site web (Music Addict). Ces connaissances sont également mobilisées dans la formation des musicothérapeutes, à laquelle je participe en intervenant dans le master de l’Université Paris Cité.

Actuellement, je travaille sur le rapport des enseignants du premier degré à l’éducation musicale avec mon collègue Adrien Bourg. En diffusant un questionnaire auprès de plusieurs centaines de futurs professeurs des écoles, nous cherchons à identifier les valeurs que les étudiants attribuent à la musique et à évaluer leur adhésion à un certain nombre de mythes liés à son apprentissage.

Les réponses recueillies nous permettront de mieux comprendre les enjeux de la formation des enseignants du premier degré dans le domaine musical. Cette étude sera ensuite menée au Japon, grâce Kyoko Yoshizawa, une collègue également impliquée dans la formation des enseignants, et je suis impatiente de comparer les résultats.

Je m’intéresse également aux auditeurs qui se détournent de l’écoute musicale par crainte de ses effets négatifs (manipulation émotionnelle, influence délétère, etc.). J’analyse des témoignages publiés en ligne et j’effectue un travail de classification systématique des arguments. Leurs discours présentent des similitudes avec ceux que l’on trouvait déjà dans l’Antiquité, bien que les formes diffèrent.

La nécessité de l’interdisciplinarité s’est imposée comme une évidence dès le début de mes recherches. Pour comprendre les pratiques d’écoute des auditeurs, j’ai dû élargir le champ de la musicologie à la psychologie, à la sociologie, ainsi qu’aux sciences de l’information et de la communication.

Je consacre une part importante de mon temps à la lecture de travaux en psychologie de la musique afin d’établir des ponts avec les pratiques observées sur le terrain, ainsi qu’en sciences de l’éducation pour réfléchir à leur transposition en didactique musicale.

Si je suis musicologue de formation, mes méthodologies se rapprochent de celles utilisées en sociologie (entretiens) ou en psychologie (études de cas). Je travaille notamment avec une musicothérapeute pour étudier les conséquences négatives d’une écoute musicale compulsive, ainsi qu’avec des spécialistes des sciences de l’éducation pour approfondir les questions de didactique musicale. Cette approche permet souvent de porter un éclairage renouvelé sur les objets étudiés.

Ayant été recrutée en 2024, cette collaboration est encore récente et en pleine construction. Je souhaiterais notamment développer les recherches autour du lien entre musique et régulation émotionnelle, en créant des passerelles entre musicothérapie, musicologie et psychologie.

Approfondir les connaissances sur les pratiques d’écoute et leur efficacité pourrait, dans un second temps, permettre des applications concrètes en musicothérapie, notamment à travers la mise en place de protocoles spécifiques. Il s’agit là d’un objectif important pour les prochaines années.