Benoît Navarret
Retrouvez l'entretien de Benoît Navarret, qui se présente en répondant à une série de questions consacrées à son parcours, à ses fonctions et à son expérience. Cet échange vise à offrir un aperçu de son activité et de ses liens avec le Collegium Musicæ.
Je suis enseignant-chercheur Maître de conférences en musicologie depuis 2015 au sein de l’UFR de Musique et Musicologie de Sorbonne Université, et de l’Institut de Recherche en Musicologie (IReMus, UMR 8223). Je suis co-responsable avec Jean-Loïc Le Carrou (et Boris Doval jusqu’en 2019) de la double Licence interfacultaire Sciences et Musicologie, et co-responsable avec Eric Maestri de l’équipe 4 Recherche-Performance-Création de l’IReMus.
J’ai commencé mes études supérieures en 1997 à l’Université de Pau et des Pays de l’Adour (UPPA) par une Licence en Sciences économiques, puis une Licence et une Maîtrise de Musique en composition électroacoustique, sous la direction de Marie-Noëlle Moyal. J’ai poursuivi ma formation en musicologie en DEA à l’Université Paris 8 Vincennes–Saint-Denis, sur une recherche-création consacrée à la musique spectrale et Tristan Murail, sous la direction de Horacio Vaggione et Anne Sédès.
De 2003 à 2006, j’ai été admis dans la classe d’Acoustique musicale du Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse de Paris (CNSMDP) sous la responsabilité de Charles Besnainou et Thierry Maniguet. Les problématiques de recherche abordées, l’ouverture pluridisciplinaire, m’ont conduit à amorcer un projet de recherche sur la guitare électrique mêlant acoustique musicale, organologie, pratiques musicales, métiers de la facture instrumentale (avec Vincent Doutaut de l’Institut Européen des Métiers de la Musique du Mans, Itemm) et études en perception sur les ressentis des guitaristes. J’ai ensuite approfondi cette approche dans le cadre de ma thèse de Doctorat intitulée « Caractériser la guitare électrique : définitions, organologie et analyse de données verbales », soutenue en 2015, sous la direction de Anne Sédès du Centre de recherche Informatique et Création Musicale (CICM, EA 1572) de l’Université Paris 8 et la co-direction de Jean-Loïc Le Carrou de l’équipe Lutherie-Acoustique-Musique (LAM, ∂’Alembert, UMR 7190) de l’Université Paris 6.
En parallèle, j’ai travaillé à la Cité de la musique de Paris en tant que chargé de mission sur l’exposition Travelling guitars en 2006, sous la supervision du Conservateur des collections et ethnomusicologue Philippe Bruguière, puis guide-conférencier pendant cinq ans au service de Médiation du musée, sous la responsabilité de Delphine de Bethmann. Ces expériences m’ont permis d’avoir un contact privilégié avec les collections et de mener des actions de médiations auprès de tout type de publics (groupes de scolaires et d’individuels, adultes, et diverses situations de handicap). J’ai réalisé des analyses musicales interactives de 2007 à 2014 pour le Département de la Pédagogie, sous la direction de Marie-Hélène Serra, la supervision de Anne-Florence Borneuf et David Denocq, en lien avec les programmes du baccalauréat ou les expositions temporaires.
De 2007 à 2015, j’ai effectué plusieurs missions de recherche sur des problématiques patrimoniales d’archivage, de numérisation, de préservation et de conservation de supports d’enregistrements dégradés au sein de l’équipe LAM, sous la responsabilité de Jean-Marc Fontaine et de Hugues Genevois du ministère de la Culture et de la Communication.
De 2007 à 2024, j’ai travaillé en tant que journaliste-pigiste pour la presse musicale spécialisée en guitares (magazines Guitar Part, Guitare classique) pour des articles de veille technologique, des dossiers organologiques et des tests d’équipements (guitares, amplificateurs, traitements sonores).
Mes thématiques de recherche portent sur les pratiques musicales et les environnements de création, les sound studies et les techniques de production musicale, la sono-vibrotactilité et les études en perception sur les ressentis des praticiens de la musique.
Je travaille sur les usages et pratiques de la guitare électrique, les environnements de création et les développeurs de logiciels pour guitaristes. Cette dynamique de recherche a été initiée par l’ANR Tabasco portée par Louis Bigo https://algomus.fr/tabasco/, actuellement enseignant-chercheur en sciences Informatiques à l’Institut polytechnique de Bordeaux (INP), chercheur au laboratoire LaBRI et Directeur du Studio de Création et de Recherche en Informatique et Musiques Expérimentales (SCRIME). Nous poursuivons ces études interdisciplinaires sur ce secteur d’activité toujours très prolifique, dont la dimension systémique doit être abordée avec tous ses acteurs économiques et scientifiques, incluant interprètes, luthiers, développeurs, fabricants, pédagogues et recherche académique.
L’interdisciplinarité est une démarche personnelle et collective qui repose sur une volonté de collaborer sur des projets, en réunissant des compétences et expertises complémentaires. Mes objets d’études, sur l’instrument de musique et ses pratiques, seraient abordés de manière réductrice si la démarche se fermait à des possibilités d’ouvertures disciplinaires. Cette approche est d’ailleurs une composante-clé des enseignements transversaux spécifiques que nous proposons dans le cadre de la double Licence Sciences et Musicologie, que ce soit sur le projet pédagogique Acoustique Musicale et Facture Instrumentale par l’Apprentissage Actif (AMFI) porté par Benoît Fabre, les modules d’Ateliers de Recherche Encadrée (ARE) ou d’Acoustique musicale. L’ « écoute » est alors au cœur des problématiques soulevées et se trouve questionnée par les méthodes croisées d’analyse et de réalisation propres à la musicologie, l’acoustique, la lutherie, la création et les paysages sonores, les ressentis d’interprétation et plus globalement la complexité des perceptions de l’objet musical et vibratoire.
Je trouverais pertinent (et nécessaire) que le Collegium Musicae puisse accompagner des projets artistiques, ayant comme moteur scientifique des projets sur la facture instrumentale, en lutherie artisanale ou industrielle, matérielle ou logicielle, sur des environnements de création en mutation, avec des projets d’envergure associant des compositeurs·trices, des interprètes, des chercheur·e·s. Il serait aussi porteur d’avoir un soutien dans la constitution d’un ensemble instrumental pérenne pour l’interprétation de pièces musicales du XXIe siècle, en lien par exemple avec le Master Analyse et Création de Sorbonne Université et l’équipe 4 Recherche-Performance-Création de l’IReMus.