Augustin Ernoult
Retrouvez l'entretien d'Augustin Ernoult, qui se présente en répondant à une série de questions consacrées à son parcours, à ses fonctions et à son expérience. Cet échange vise à offrir un aperçu de son activité et de ses liens avec le Collegium Musicæ.
Je suis actuellement chargé de recherche du centre Inria de Paris. Je travaille en acoustique musicale au sein de l'équipe "Lutheries-Acoustique-Musique" (LAM) de l'Institut Jean le Rond ∂'Alembert de Sorbonne Université. Mes recherches portent essentiellement sur les instruments de musique à vent.
Après une formation initiale en physique et en acoustique, j'ai effectué ma thèse de doctorat dans l'équipe LAM sous la direction de Benoît Fabre, soutenue en 2016. Elle portait sur l'étude de la naissance du son dans la flûte à bec. En tant qu'ATER, j'ai ensuite travaillé, en collaboration avec des ethnomusicologues sur le contrôle du sac de cornemuses au sein de la chaire "Geste-Acoustique-Musique". En 2017, en tant que post-doctorant au Laboratoire de Mécanique et d'Acoustique (LMA) à Marseille, j’ai collaboré avec l’entreprise Buffet Crampon pour mettre au point un outil numérique de conception d'instruments à vent. J'ai ensuite rejoint le centre Inria de Bordeaux, d'abord en tant que postdoctorant puis en tant que chargé de recherche à partir de 2020. J'ai continué à travailler sur le lien entre facture instrumentale et acoustique, en collaboration avec des artisans, notamment en participant au développement du logiciel Openwind. J'ai rejoint l'équipe LAM en 2024, suite à la mise en place de nombreuses collaborations avec les autres membres de l'équipe et des changements de configuration de mon équipe précédente.
Je continue aujourd'hui à travailler sur les liens entre la facture des instruments à vent et le son qu'ils produisent lorsqu'ils sont joués par des musiciens ou des musiciennes. Certaines recherches s'attachent ainsi à comprendre comment un élément de facture précis (comme la géométrie du canal d'une flûte à bec) influence le son produit et via quel mécanisme. Dans d'autres travaux, je cherche plutôt à prédire certaines caractéristiques sonores d'un instrument à partir de la seule connaissance de sa géométrie. Cela peut être intéressant pour apporter une aide à la conception ou à la modification d'instruments, ou, dans un cadre patrimonial, pour avoir des connaissances sur le son d'un instrument qu'on ne peut plus jouer.
J'ai obtenu un financement ANR en 2023 qui porte sur la mise en place d'outils d'aide à la facture instrumentale des instruments de la famille des flûtes. Dans ce contexte, je co-encadre avec Claudia Fritz la thèse de Corto Bastien qui travaille sur l'accordage des flûtes à bec, en incluant notamment la perception des musiciennes et musiciens. Récemment, Amélie Gaillard a rejoint le projet pour mener des recherches post-doctorales sur le changement de diapason de flûtes traversières baroques (traversos).
Je mène également des activités plus fondamentales sur les mécanismes physiques de productions du son dans les flûtes avec mon collègue Antoine Hajczak. Une thèse devrait prochainement débuter sur ces aspects.
Je développe enfin un axe de recherche autour des instruments dits "traditionnels". J'ai, par exemple, encadré un projet de recherche sur les spécificités acoustiques des flûtes à trois trous du Sud-Ouest de la France. En février, débutera aussi une activité autour des cornemuses.
La nature des objets que j'étudie : les instruments de musique à vent, amène inéluctablement une forme d'interdisciplinarité dans mes activités. Jusqu’à présent, cela se traduit essentiellement par des échanges avec les instrumentistes et les fabricants, en dehors du cadre académique. Ces échanges font partie intégrante de mon travail et je cherche à les développer, notamment en proposant un soutien scientifique aux artisans.
D'un point de vue académique, je garde un souvenir marquant de ma collaboration avec l'ethnomusicologue Cassandre Balosso-Bardin [ndlr : membre du CMIN] autour de notre étude des sacs de cornemuse. J'aimerais beaucoup renouveler ce type d'expérience.
L'environnement pluridisciplinaire offert par le Collegium Musicæ, a contribué à ma décision de rejoindre une équipe de recherche parisienne.
Depuis mon arrivée, je n'ai pas encore eu l'occasion de participer directement à un projet, mais les présentations que j'ai pu voir lors des nombreux évènements auxquels j'ai assisté m'ont convaincu de la pertinence des projets interdisciplinaires développés dans ce cadre.
Je cherche à m'associer à des collègues musicologues et ethnomusicologues, ainsi qu’à des musiciens et musiciennes pour collaborer sur l'étude des instruments traditionnels. Je pense notamment qu'il serait pertinent de s'intéresser aux liens qui peuvent exister entre la facture instrumentale et les pratiques musicales, et qu'une analyse interdisciplinaire est essentielle pour appréhender ces questions.