Appel à communications - La harpe en France de la Renaissance au début des années 1760
Colloque pluridisciplinaire international
Instruments – Pratiques – Répertoires
Paris, 25-27 janvier 2027
En 1986, à l’initiative de Heidrun Rosenzweig et de la Schola Cantorum Basiliensis, le premier symposium interdisciplinaire consacré aux harpes historiques a marqué l’apparition de l’instrument sur la scène internationale de la musique ancienne. Depuis lors, la arpa doppia italienne, la arpa de dos ordoñes espagnole, la triple harp galloise, et les Davidsharfen allemandes — à un, deux rangs de cordes, ou encore à crochets — font l'objet de recherches, journées d’études, concerts et enregistrements divers.
Cependant les connaissances sur la harpe en France entre le xve et la deuxième moitié du xviiie siècles demeurent particulièrement lacunaires.
Alors qu’au Moyen-Âge, l’instrument doté d’une vingtaine de cordes est bien présent et même réputé au-delà des frontières, il disparaît subitement de l’histoire de la musique française pour réapparaître tout aussi subitement trois siècles plus tard avec un succès colossal. Entre les deux que s’est-il passé ? Absence réelle ou biais documentaire et historiographique ?
En 1763, le harpiste et compositeur Philippe Jacques Meyer souligne, dans son Essai sur la vraie manière de jouer de la harpe, un décalage de la France avec le reste de l’Europe : « ce n’est que depuis un petit nombre d’année que [l’instrument] a commencé d’être connu comme il faut en France ». Le succès phénoménal de la nouvelle harpe à pédales aurait-il occulté tout son rayonnement pendant les périodes précédentes ?
Depuis la Renaissance, plusieurs traces témoignent d’une pratique réelle, mais mal documentée : le nom de plusieurs harpistes français (Bertrand Fallet, Jean Le Pot, Gilbert Giboin de Montargis, Jean Le Flesle, Mademoiselle Dupuy, Claude et Pierre-Jean Burrette, etc.), le succès avéré des harpistes étrangers, notamment italiens (Costanza da Ponte, Giovan Carlo Rossi, Settimia et Francesca Caccini) et quelques textes parmi lesquels, le témoignage de Pierre Trichet en 1640, dans son ouvrage Traité des instruments de musique manuscrit : « Il y a 2 sortes de harpes, les unes sont irlandaise, les autres sont françaises. Les harpes françaises sont plus artistiquement élaborées, plus aisées à manier, plus douces et plus agréables… ». Enfin, on peut se demander si l’abondante iconographie (Pierre Mignard, Bon Boullogne, Eustache Le Sueur, Charles Le Brun, Caspar Netscher etc.) est seulement le fruit de la puissance allégorique et symbolique de l’instrument.
Les sources étant le plus souvent indirectes et fragmentaires, une approche interdisciplinaire est indispensable pour retracer l’histoire de la harpe en France avant le succès des pédales. Nous souhaitons envisager les instruments de façon holistique, mobilisant notamment études acoustiques et matérielles, facture instrumentale, modes de jeu, répertoires, pratiques, circulations. Ce colloque sera l’occasion de mettre en perspective les différentes approches. Il permettra également de s’interroger sur l’usage de la harpe dans l’interprétation de la musique française aujourd’hui.
Les communications pourront apporter des éclairages sur de nombreux sujets, tels que :
1- Les harpes en France : les objets et leurs représentations
- Types de harpes présents et représentés, leur éventuelle coexistence et leurs évolutions
- Matériaux, les éléments de facture et la fabrication
- Iconographie figurative et symbolique
- Historiographie et la construction du récit historique
2- La circulation et l’implantation des musiciens et les instruments
- Harpistes français et étrangers en France
- Salons, académies et concerts
- Débuts parisiens et répertoires de Goepfert, Oginski, Meyer, Hochbrucker
- Facteurs de harpe et production instrumentale
- Instruments conservés et Ressources muséographiques françaises
3- Le son de la harpe simple : réappropriations du jeu, de la facture et des répertoires
- Répertoire : hypothèses et reconstruction
- Aspects de la technique instrumentale
- Adaptation des répertoires de clavecin et luth
- Artifices acoustiques : harpions, résonances, étouffements, etc.
- Agréments : comparaison avec les autres instruments et le “goût” propre à la harpe (Meyer, 1763)
- Choix de l’instrument : quelle harpe historique utiliser ?
- Traductions sur harpe moderne
Les propositions de communications (en français ou anglais) sont à envoyer à partir du 1er juillet et jusqu’au 1er septembre via le formulaire suivant : https://lime3-app3.sorbonne-universite.fr/index.php/426749?lang=fr . La proposition se compose d’un résumé de 200–400 mots et d’une courte biographie. La réponse sera rendue avant le 15 octobre 2026.
Comité scientifique :
Véronique Musson-Gonneaud (Sorbonne Université), Théodora Psychoyou (Sorbonne Université/Collegium Musicæ), Jean-Loïc Le Carrou (Sorbonne Université/Collegium Musicæ), Thierry Maniguet (Musée de la musique – Philharmonie de Paris), Jean-Christophe Revel (CRR de Paris/PSPBB – Pôle Supérieur Paris-Boulogne-Billancourt), Heidrun Rosenzweig (Musik Akademie der Stadt Basel), Mara Galassi (Civica Scuola di Musica), Dinko Fabris (Università della Basilicata).
Comité d’organisation :
Véronique Musson-Gonneaud, Théodora Psychoyou, Jean-Loïc Le Carrou, Thierry Maniguet, Jean-Christophe Revel, Nancy Hachem.