Antonio SOMMA : L'analyse acoustique informée de l'interprétation musicale

Diplômé d’une Laurea Magistrale en Physique à l’Université de Naples Federico II – une formation équivalente au Master français – Antonio Somma a également obtenu deux diplômes décennaux en piano et composition au Conservatoire de Naples (diplômes de l'ancien ordre des enseignement en conservatoires italien). Ces derniers concrétisent l’intérêt tout particulier qu’Antonio exprime depuis l’enfance pour la musique et qu’il a choisi aujourd’hui d’allier à sa formation initiale en questionnant la pratique instrumentale au travers d’une perspective scientifique dans le cadre de son projet de recherche doctoral. 

Antonio SOMMA : L'analyse acoustique informée de l'interprétation musicale

Questions de recherche

Au fil des années de pratique, le musicien acquiert une connaissance approfondie de son instrument, en ressentant toutes ses nuances sonores avec la plus grande finesse. Capable d’adapter son jeu en réponse à ces variations, l’interprète se fait outil de mesure et crée un dialogue sensible avec son instrument afin d’obtenir un résultat le plus achevé possible. 

À l’instar de la pratique musicale pure, la physique met, elle, en évidence les propriétés mécaniques et sonores des instruments – une approche bien différente de celle de l’instrumentiste. Ces deux approches ont donc pour effet de faire émerger des contradictions dans les assertions émises par les différents praticiens des disciplines musicales, entre les instrumentistes eux-mêmes, et dans leur dialogue avec les musicologues et les acousticiens.

Serait-il possible alors d’envisager des démarches scientifiques qui puissent refléter les aspects de la complexité du jeu musical ? Une acoustique musicale informée par l’interprétation peut-elle motiver certaines convictions sur la pratique et sur le style de jeu, par rapport aux spécificités des instruments des répertoires musicaux ? 
© Antonio Somma

Contexte

Les questionnements actuels portent sur le jeu du répertoire pianistique, avec différents instruments  de facture "contemporaine" – ce que l’on appelle « interprétation historiquement informée ». Cette pratique musicale assez spéciale, qui fait appel à des instruments de facture ancienne, demande une transformation complète du style et de la technique de jeu. 

Pour ce faire, le pianiste historiquement informé se réfère aux connaissances issues des recherches en musicologie à partir des sources historiques sur les méthodes et traités et repérés de la vie musicale de l'époque. Reproduire un son qui, malgré tout, n'existe plus, est un défi, artistique et scientifique, qui mène à l'exploration très subtile de ces instruments à la fois anciens et nouveaux. 

Étant hétérogène, une telle exploration peut aussi bénéficier des contributions provenant des recherches en acoustique musicale. Pour ce faire, la difficulté réside dans la manière de formuler en termes de protocoles scientifiques les questionnements des musiciens suscités par la relation entre leur ressenti et leurs envies. 

La première année de recherche d’Antonio Somma, a été consacrée à l’étude comparative de deux instruments : le premier, un piano « contemporain » et le second, un prototype reproduisant un piano populaire à Vienne au début du XIXe siècle. Cette analyse visait à établir et formaliser des paramètres de toucher et de sonorité qui puissent refléter le ressenti du pianiste apprenant à jouer de ces deux instruments. 

D’après les musiciens experts, ayant participé aux expérimentations, l’instrument « viennois » n’est pas une simple reproduction à petite échelle d’un piano actuel. Sa sonorité et son toucher incarnent une esthétique sonore qui reste étrangère à l’école pianistique contemporaine. Avec un son plus "perçant" et moins volumineux, l’instrument demande un dosage attentif et sensible du toucher, sur un clavier beaucoup plus léger et moins accoutumé à absorber les frappes d’un jeu percussif. Les expérimentations menées ont permis de décortiquer le geste du pianiste à son degré zéro d’approximation, puis de discriminer les réactions de deux instruments, en terme mécaniques et acoustiques en les soumettant à différents types de gestes. 

Laboratoires d'accueil :

La recherche doctorale interdisciplinaire est encadrée à la fois par l’Institut Jean Le Rond ∂’Alembert (Faculté des Sciences et Ingénierie de Sorbonne Université), qui met à disposition du projet les locaux et l’expertise de l’équipe Lutherie-Acoustique-Musique (LAM) sous la direction de Benoit Fabre, ainsi que par l’Institut de Recherche en Musicologie (IReMus), pour toutes les contributions impliquant la perspective musicale et musicologique, sous la direction de Jeanne Roudet.